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Rêve noir

Il y avait des lacs noirs bouillonnant de fureur,
Et d'immenses fontaines aux eaux couleur de sang,
Sur les bords des chemins, quelques pâles lueurs,
Des hommes sans visage, tous habillés de blanc.

C'était un soir d'orage, un de ces soirs maudits,
Sur de sombres pensées, je m'étais endormie,
Ma chambre sépulture allait livrer son âme,
Et déjà près de moi se déroulait le drame.

Le diable tout à coup surgit des profondeurs ;
Sur mon corps se rua sans la moindre pudeur,
Et prenant à témoins ses suppôts de Satan,
Voulut de ses mains noires faire couler mon sang.

Puis s'étant avisé d'un fort meilleur usage,
Il recule d'un pas, ses yeux brûlants de rage,
Il offrit pour me plaire les présents les plus beaux
Du sang de jeune vierge, une robe de peau.

Mon amoureux de diable était touchant à voir ;
Ses grandes mains velues et ses yeux charbon noir
Et je me dis un jour que l'Amour est curieux,
Et que l'on ne peut toutes s'éprendre du bon Dieu.

De ce qu'il se passa, je ne livrerai mot.
Certains à cette idée auraient froid dans le dos.
Pourtant je peux vous dire mon rêve terminé,
Que j'ai longtemps cherché un bon diable à aimer.

Isabelle Schmitt

© I. Schmitt
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