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Le matin

La nuit avait été si belle,
Paisible sous son manteau noir ;
Ni frayeur, ni songe rebelle
Après la promesse du soir.

La nuit sans lune et sans étoile
Battait, respirait doucement,
La tête couverte d’un voile,
Dessous le sombre firmament.

Elle avançait dans le silence
Portant çà et là son conseil
En invitant à l’indolence
Avant le lever du soleil.

Lors s’accorda le chœur de l’aube :
Le merle avait donné le la ;
Et tandis que s’essoufflait l’aure,
L’obscurité se dissipa.

Bientôt apparaîtrait l’aurore…
La sœur de Sol et de Luna,
Dardant sa lumière phosphore,
Au bras du matin s’avança.

Puis, sans autre cérémonie,
Un chant d’oiseaux à mille voix
S’éleva en polyphonie
De la forêt et son sous-bois.

Luna était presque endormie
Et Sol arrivait à grands pas ;
Matin salua son amie
Et prit le soleil dans ses bras.

 

Evelyn de Morgan : Eos, déesse de l'Aurore (1895)

 

 

 

 

© Nadine de Vos, septembre 2019
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